Face à la désespérance du monde
et à la folie humaine,
il est urgent de trouver le chemin de la paix
et de la sérénité,
pour notre propre libération, ici et maintenant,
et pour la libération des hommes et de la nature.

Quatre peurs de vivre:
une quête sur la forme interrogative

 

Article paru sur 
Vif(s) 
Une revue sur le web qui veut réfléchir au sens de la vie.

Yves de Morsier

 

La bouteille et le bouchon

D'abord, cela commence par une petite anecdote très anodine:

C'était une bouteille. Son bouchon de liège avait glissé à l'intérieur et la question était de savoir comment l'en ressortir sans casser la bouteille. J'eus soudain une intuition: il fallait glisser à l'intérieur du flacon une ficelle pliée en deux, tout en gardant les deux bouts en main. Si l'on renversait la bouteille, le bouchon tombait dans le goulot et il suffisait de tirer sur la ficelle pour que la boucle que formait celle-ci éjecte le bouchon.

Etrangement, j'eus tout de suite la certitude que l'idée n'était pas née de mon imagination mais qu'elle m'était dictée par une sorte de savoir faire universel qui était clairement extérieur à moi, même si je le percevais à l'intérieur de moi.
 

Le savoir du cosmos

Il y a dans le cosmos un savoir auquel nous avons accès et qui est la loi de la vie. Ce savoir nous communique les intuitions et les enseignements dont nous avons besoin. Pourtant nous l'ignorons et continuons à vaquer à nos occupations, le nez dans le guidon, en ne considérant que les aspects très palpables de notre quotidien et les acquis expérimentaux de notre savoir faire. Certes, nous sommes riches de nos aspirations mais nous avons trop souvent de la peine à faire place à ce savoir infini, à cette vision qui nous parle et nous enseigne le vrai savoir vivre.

Nous baignons donc dans un univers qui contient toute la sagesse qui nous est nécessaire. Et pourtant nous vivons en ignorant cette richesse. Nous sommes absorbés par notre quotidien qui se fabrique à partir de tous nos gestes et de notre manière de faire face aux obstacles qui surgissent devant nous. Alors nous oublions cette autre face de l'univers qui n'est pas aussi visible. Et nous oublions de nous concentrer sur la recherche de cette sagesse pourtant disponible.

Comment donc rester vigilant, alerte, ouvert à cette perception? Tout en faisant le nécessaire pour faire face à notre quotidien, sans le dévaluer, comment pouvons-nous nous rattacher à cette conscience qui nous enveloppe et apprendre toujours plus sur le sens réel de la vie? N'est-ce pas justement le sens de notre vie de nous ouvrir à cette conscience et de nous laisser enseigner la forme de notre comportement quotidien?
 

Projet du dehors ou projet du dedans

Il y a grossièrement deux manières de s'orienter dans la vie:

  • soit, à partir des circonstances offertes, tenter de cueillir les occasions qui se présentent, s'adapter au contexte, mettre bout à bout les éléments qui s'offrent à nous et sont à notre portée pour en construire notre projet et suivre ainsi un chemin essentiellement calqué sur les contraintes extérieures,
  • soit, au contraire, à l'écoute de notre voix intérieure, nous forger un projet, nous choisir un mode de vie indépendamment des circonstances extérieures, puis, dans un second temps, chercher, en harmonie ou envers et contre tout, à réaliser ce rêve et à répondre à notre vocation en recherchant à créer des circonstances favorables à la réalisation de notre projet.
Dans chacune de ces deux attitudes, il y a un projet; dans la première, il naît de la conjonction des circonstances extérieures; dans la seconde, il naît en notre for intérieur. Dans les deux cas, ce projet n'est pas forcément volontariste; il ne traduit pas forcément une volonté (plutôt occidentale) de transformer le monde mais il peut être aussi une aspiration (plutôt orientale) à s'adapter ou à être en harmonie avec le monde.

La différence fondamentale entre ces deux modes de fonctionnement réside seulement dans le lieu où naît le projet: soit à l'extérieur de nous, il naît de notre rencontre avec le monde; soit à l'intérieur de nous, il naît de notre recherche intérieure. Naturellement le projet qui naît au plus profond de nous peut être soit un projet d'ambition personnelle ou soit au contraire un projet à l'écoute de cette voix intérieure qui exprime ce savoir du cosmos. C'est bien entendu ce second projet qui nous intéresse ici.

Certes, nous vivons dans un monde concret et nous sommes confrontés à la nécessité de vivre le quotidien comme un ancrage dans la matière. Cette réalité quotidienne nous donne un corps et empêche notre vie de s'évader et de devenir virtuelle. Notre vie est ainsi constamment vérifiée par les circonstances: nous ne pouvons pas tricher car nous sommes continuellement confrontés à la preuve des fruits que nous portons. Mais au-delà de ce quotidien qui teste la véracité de notre expression, au-delà de notre ancrage matériel, la vie reste une chance extraordinaire de développer notre écoute. La vie nous enseigne; soit nous cherchons à lui imposer notre loi, soit au contraire nous cherchons plutôt à nous plier à son rythme pour être à son école, à son écoute: apprendre pour mieux comprendre et savoir un peu mieux en quoi réside l'essentiel. La vie n'est plus alors une activité mais elle devient davantage une manière d'être, état d'esprit ouvert et sensible, prêt à capter le murmure qui nous dirige et nous enseigne le chemin à suivre.
 

La voix qui murmure en nous

Cela commence par un pincement au niveau du plexus; cette intuition qui me guide me fait soudain peur car elle prend comme possession de moi et s'apprête à me mener sur un chemin non balisé. Car cette vérité que je sens monter en moi me dicte quelque chose qui n'est pas conventionnel et qui m'écarte de ce qu'on m'a enseigné comme étant le chemin du savoir faire social et professionnel. Je crains que cette voix ne me mène sur un chemin de divergence et me démarque des autres. Dois-je dire ma différence ou au contraire la taire pour mieux m'adapter? Si je la dis, je me démarque. Si je la tais, je n'en fais pas profiter l'autre et ce silence peut être aussi une forme déguisée de mépris. Cette différence d'ailleurs existe-t-elle vraiment ou seulement dans ma tête, dans ma manière de ne pas me sentir identique à l'autre?

Cette perception du monde qui prend forme en moi est naturellement plus complexe et plus nuancée que ce que je saurai formuler. Je crois penser merveilleusement bien, mais lorsque je m'exprime, voici que tout s'évapore, devient insaisissable et seulement une infime part de ma vérité prend forme. Cette infime part vaut-elle la peine d'être dite ou dois-je la garder pour moi jusqu'à ce qu'elle prenne une forme plus riche, plus complète et plus mûre d'expression? Devant ce que je sens être un discours trop simpliste, trop rationaliste, trop technique, malgré les bonnes intentions de mes interlocuteurs, dois-je dire ma manière de percevoir les choses qui me semble plus nuancée?

Dois-je essayer de rappeler que chacun a sa perception et que cette diversité même des perceptions forge plus la réalité que toute représentation à laquelle chacun de nous réduit le monde? La vue technique et gestionnaire du monde semble très convaincante car elle est rationnelle. Mais elle n'est qu'une construction du mental. Si j'affirme que cette réalité n'existe peut-être pas autant que nous le croyons mais que ce sont surtout nos diverses manières de percevoir la vie et le monde qui font, ensemble, cette vie et ce monde, mon discours viendra troubler la quiétude; on me considérera d'un œil méfiant, on me trouvera, à raison, théoricien et pédant. Dois-je donc affronter cette réaction de défense? Et, si oui, pourquoi? Ou, au contraire, dois-je considérer cette divergence de vue comme insignifiante et dois-je m'adapter, en silence, au milieu ambiant? Là encore, c'est peut-être à cette voix intérieure de me répondre...
 

Divergence

Guernica - mouvementC'est bien la peur de la divergence qui me retient. C'est la peur de ne plus correspondre aux attentes de l'autre, la peur de sortir des cadres définis par ces normes sociales et professionnelles qui définissent ce qui doit être fait et les formes d'expression usuelle. Cette peur est d'autant plus forte que cette voix me dicte d'autres valeurs que celles qui ont cours habituellement. Pourtant il est clair que beaucoup de mes semblables ne sont pas plus sûrs que moi de la validité de ces valeurs dites officielles. De surcroît, l'enjeu ne se réduit pas au simple choix de savoir lesquelles des normes qui nous ont été inculquées sont les plus importantes, mais c'est le choix permanent et répété des priorités à accorder à ceci ou à cela, au fur et à mesure des circonstances de la vie. Et les "ceci" comme les "cela" sont la plupart du temps des objets relativement peu importants, voire insignifiants. C'est qu'il est rare d'être confronté, en un seul instant, à un choix global fondamental. Pourtant tous ces petits choix s'additionnent et n'en restent pas moins décisifs.

Cette petite voix en mon for intérieur, c'est une intuition qui prend forme et dicte un comportement différent. L'enjeu réel est ma vocation personnelle et mon adaptation aux lois du monde auquel j'apporte pourtant toute mon attention: puis-je être moi-même, en complémentarité de ce que sont les autres? Dois-je apporter ma brique comme contribution ou celle-ci va-t-elle être dépareillée et perturber l'unité du mur? Et si j'exprime ma différence, est-ce par goût de me mettre en avant? Est-ce pour me démarquer et pour plaire ou est-ce vraiment pour contribuer à améliorer le monde? A cette question, il n'y a bien entendu pas de réponse toute faite, mais seulement des réponses de cas en cas. Et l'essentiel consiste à rester ancré en soi-même et à voir le monde avec sérénité, c'est-à-dire aussi à dompter cette peur que je ressens dans mon altérité.

La voix qui me parle m'appelle à vivre à contre-courant. C'est pourquoi elle fait naître ce sentiment de peur. Je perds aussi mes points de repères fixes car cette voix intérieure met tout en mouvement et rend le monde plus fluctuant à mes yeux. Le résultat (le faire) reste-t-il vraiment mesurable? Ou n'est-il que la partie visible de ce que je peux considérer comme les fruits de mon action. Et comment évaluer ces fruits? Suis-je en mesure de le faire? A quelle once puis-je mesurer les fruits prévisibles, et encore plus les fruits effectifs de mon attitude? Et cette once n'est-elle pas encore une fois, parce qu'elle n'est pas universelle, une mesure qui m'éloignera encore de la normalité.
 

Marginalité

Cette peur de la divergence se double rapidement d'une peur de la marginalité. Ne croyant plus être fondé sur les mêmes repères que les autres, je doute aussi de mon insertion. Je ne me mesure plus aux autres comme le veut l'esprit de compétition sur la base duquel fonctionne notre société. C'est comme si je renonçais à courir, ayant renoncé à gagner, ou ayant perdu tout attrait pour la victoire. Très vite, j'ai l'impression de tricher ou du moins de ne plus jouer le jeu, d'être hors compétition. Et ceci par le simple fait que j'ai d'autres préoccupations en tête que me dicte ma petite voix.

Dans cette position subjectivement marginale, je crains soudain pour mon insertion. Car, en fait, j'aime être comme les autres, et surtout être apprécié, être aimé. Je me demande ainsi comment je suis ressenti, comment je suis perçu, comment, professionnellement par exemple, mes qualifications sont mesurées. Suis-je compétent aux yeux des autres? Car je sais très bien que je ne consacre pas toute mon énergie à courir dans cette compétition; c'est qu'en fait je cours deux lièvres à la fois: je veux à la fois m'insérer normalement et être apprécié sur le plan professionnel et social, mais en plus je veux garder ma liberté de ne pas courir quand je suis essoufflé, car je veux garder mon énergie pour mes besoins d'écouter et de percevoir mon chemin. Je veux être normal, mais en même temps conserver mon droit de développer ma propre différence - ce qui en fait constitue ma marginalité - sans que celle-là n'interfère avec ma normalité. Il est bien évident que cette démarche est terriblement gourmande dans la mesure où elle veut tout obtenir sans ne rien perdre pour autant!

Et cette peur de la marginalité se renforce aussi au fur et à mesure que je découvre combien ma compétence et ma normalité sont justement importantes aussi pour vivre selon ces vrais valeurs que me dictent ma différence et ma marginalité. Ainsi ma différence me pousse-t-elle à être encore plus différent, c'est-à-dire original à ma manière, mais pour être en fin de compte encore plus intégré et normal, afin d'être mieux accepté et de pouvoir vraiment apporter ce que je crois être le plus précieux, dans mon originalité. N'est-ce pas paradoxal? Et donc impossible à vivre!
 

Solitude

Cette double peur de la divergence et de la marginalité se triple très vite d'une peur de la solitude. Comment suivre sa propre horloge intérieure sans s'isoler, sans se couper des autres? Comment rester indépendant mais rester solidaire?

On oublie trop souvent que la vie intérieure est une réalité autant que la réalité physique et que lui accorder sa pleine place est en fait une nécessité impérative, une question de survie quelles que soient les contraintes imposées par le quotidien. A ne plus me régler sur les impératifs du succès de la vie professionnelle, ou plus modestement sur l'efficacité de l'activité économique - sans doute est-ce là encore un heureux privilège de pays nanti ! - et à vouloir rester en résonance avec ma voix intérieure, j'ai tendance à me retirer dans un monde plus intérieur et contemplatif pour chercher le silence et rester mieux à l'écoute. Comment cette part de vie d'ermite peut-elle être vécue au milieu des autres et rester en résonance avec ce qui se passe autour de moi? Quelles en sont les attaches? Car il ne s'agit pas de m'isoler pour mon confort personnel mais il s'agit de trouver l'inspiration, d'être à l'écoute de ce rythme du cosmos pour être plus vrai, plus humain, plus juste, plus aimant, pour trouver le salut pour soi comme pour les autres, ce "soi" ne pouvant être sauvé sans ces "autres".
 

Vide

Cette triple peur de la divergence, de la marginalité et de la solitude se quadruple d'une peur du vide. Les repères s'évanouissent. Finis bien évidemment les objectifs caricaturaux de richesse, de pouvoir, de succès personnel. Quels doivent être nos nouveaux repères si nous voulons nous vider de tout a priori, si nous voulons faire table rase de nos exigences individuelles qui sont plus souvent héritées d'une éducation à des valeurs sociales qu'issues d'une véritable lucidité.

L'attitude de recherche et d'écoute participe inévitablement à décaper nos vies de tout leur superflu au point que nous sommes de plus en plus tentés de vivre dans le présent, dans l'être immédiat, aux dépens du faire planifié. Car cette voix intérieure nous oriente plus vers le savoir être que vers le savoir faire.

Savoir être, oui, mais comment? Où donc, devant cette absence de repères, devant ce vide qui envahit nos vies, trouver les balisages qui nous indiquent le chemin souhaitable? Commence ainsi le temps des hésitations et du doute, où devant chaque choix nous nous sentons incertain car nous ne savons plus très bien selon quels repères nous orienter. Plus qu'une absence d'esprit de décision, l'hésitation est ici une forme d'ouverture et d'écoute, car, en fin de compte, la décision ne dépend pas de nous mais de notre intuition et de ce qui va nous être dicté. Bien sûr la réponse ne vient pas dans un éclair foudroyant et une grande mise en scène; elle prend plutôt la forme très discrète d'une certitude soudaine, lorsque nous osons nous interroger nous-mêmes d'un ton vif, un peu comme si nous étions un tiers, ou notre propre conseiller. Et si nous n'arrivons pas à cerner cette certitude, n'est-ce pas le signe que la réponse n'est pas mûre, ou que nous ne savons pas encore la reconnaître, souvent d'ailleurs parce que nous cherchons beaucoup trop loin, alors que la réponse est là, juste sous notre nez?

Cet espace vidé de ces repères, ce vide est notre source et il doit prendre toute son importance, ne surtout pas se laisser combler, et surtout pas se laisser combler de fausses balises de remplacement, mais devenir la fontaine à laquelle nous nous abreuvons et qui, par l'eau rafraîchissante qu'il nous offre, nous donne aussi ces repères qui ne sont plus si rigides mais deviennent, malgré tout, des certitudes par le seul fait que nous apprenons à les reconnaître comme une autre partie de nous-mêmes, trouvés en dehors de nous (notre source) mais identifiés en nous (notre inspiration).
 

Diffusion

Si ce vide est notre source de vie, c'est bien en lui que nous devons nous alimenter et de lui que nous devons tirer toute notre substance. Cette démarche est un peu celle du désert où nous nous plongeons dans une immensité sans fin pour retrouver notre vraie densité. Cette vraie densité du désert n'est pas due aux pressions extérieures mais à la concentration intérieure.

En effet, dans la vie courante notre densité est due trop souvent à diverses pressions extérieures qui provoquent en nous une contre-pression semblable par effet de réaction. Sous la contrainte des exigences que l'environnement nous pose tous les jours, nous répondons par un stress qui vient meubler notre vie intérieure et nous permet de résister à la pression extérieure. Et cette réaction fait la densité de notre vie.

Guernica - souffleMais si nous sommes confrontés au vide, notre pression intérieure ne trouve plus de résistance, et, selon les lois élémentaires de la physique qui veulent que chaque force trouve son contraire pour que l'équilibre soit maintenu, nous sommes exposés à un risque de dilatation infinie, à l'image d'une baudruche placée dans un vide d'air, jusqu'à l'explosion!

C'est que pour trouver sa vrai densité dans le désert, il convient de rechercher un autre équilibre qui n'est plus fondé sur l'équilibre des pressions extérieures mais sur la force de concentration intérieure (au sens mental comme au sens chimique) autour de ce qui constitue notre véritable centre. C'est peut-être toute la raison du séjour au désert que de trouver ce point de concentration en soi qui nous permet, comme un crochet auquel nous pourrions nous suspendre,  de faire face au vide et de nous ouvrir à lui.

L'enjeu n'est plus à la périphérie, sur la membrane qui nous sépare de l'univers et où se joue tout un rapport de forces, de pressions et de tensions, mais au contraire au cœur de nous-mêmes, là où nous trouvons ce centre qui permet à notre membrane périphérique de s'ouvrir au dialogue et à l'écoute, puisqu'elle se voit libérée de son rôle de devoir maintenir notre équilibre dans notre relation a monde. Notre être peut alors se diffuser dans l'espace à la rencontre de sa source créatrice, dans une ouverture au vide qui permet un véritable échange et une communion parfaite. Dans le premier cas, la membrane doit s'épaissir pour être en mesure de résister au jeu des pressions et contre-pressions. Dans le second, elle peut au contraire se rendre plus perméable pour permettre un meilleur échange, plus fécond, entre l'être, désormais non limité, et l'univers tout entier auquel il appartient.

N'est-ce là que rêve éveillé ou est-ce intuition concernant le chemin à suivre? Qui donc en connaîtrait la réponse avant d'avoir fait le parcours?

Certainement cette sorte de diffusion de notre être dans ce vide qui le nourrit devrait, me semble-t-il, en tout cas permettre à une nature très différente d'éclore. N'est-ce pas dans cette communion intime avec notre source que notre être peut diffuser autour de lui ce qui le fait vivre. Il entame alors la triple démarche - comme me l'a soufflé un tiers! -  qui découle naturellement de cette sérénité retrouvée: la célébration, l'enseignement et le règne de la justice:

  • la célébration: il exprime naturellement sa profonde sérénité et la paix qu'il trouve en cette source, il célèbre ces nouvelles retrouvailles avec sa terre d'origine;
  • l'enseignement: il exprime ce qu'il découvre, ce qu'il apprend, ce qu'il sait désormais dans la mesure où le savoir contenu dans le cosmos qui nous entoure devient réalité du quotidien;
  • et enfin le règne de la justice: il vit son quotidien pour que cette découverte d'un royaume accessible ici et maintenant devienne la réalité quotidienne de tous, dans un monde où règne plus de justice et plus de beauté.
Ainsi périront sans doute nos peurs de divergence, de marginalité, de solitude et de confrontation au vide. Et s'ouvrira le chemin de la libération.
 
Yves de Morsier

 


Article paru dans VIF(s) n°12  en juillet 2000


 

 

 

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