Tristan CABRAL
extrait du recueil 'Le passeur de silence' 

 

Sans titre

les jours tombèrent 
et les yeux traversés de tant d'éclats de mer
j'ai dressé vers le ciel mes mains ensanglantées

et puis j'ai mis le feu à toutes les fontaines
j'ai jeté des étoiles à la tête des fleuves
j'ai recouvert de neige le cœur des primevères
j'ai volé leurs couleurs à toutes les saisons
et j'ai roulé la pierre que retenaient les anges

mais qui m'a entendu nager dans les eaux fortes 
qui pourrait retrouver mes ongles sur la pierre 
qui hante comme moi la blessure capitale ?

j'ai faim 
j'ai faim de choses étrangères 
j'ai faim de hurlements plantés comme des clous 
j'ai faim de la fraîcheur insensée des miroirs 
faim d'un nouveau partage 
de mille mains avides pleines d'objets brisés 
faim de parures inertes et de noms oubliés

mes mains ont forme de ma soif 
et j'ai des bras multiples grands comme les révoltes 
je peux m'abattre n'importe où 
à n'importe quelle heure 
et mon corps imminent s'envenime de sel

je roule par le travers des bouées 
à portée de fusil des derniers poissons libres 
mais qui pourrait m'entendre sur ces pavés crispés 
où des fous se répondent 

je trace des hurlevents au fond de mon naufrage 
je m'accroupis en sang sur les vagues ouvertes 
j'ai enterré mes mains loin des terres habitées 
mais ces yeux attardés qui coulent dans mes yeux 
qui les fera s'ouvrir 
qui m'accompagnera sur la nef des fous ?

 

 

 

 

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