Jean Paul CHARLUT

La voie retrouvée

Promenade cistercienne au printemps


La route est juste
Bordée de tulipes et de pêchers en fleurs
Bordée de pins de chênes de ronceraies

La route est neuve
Son élan guide jusqu'aux pierres ruinées
Son élan montre qu'on ne s'est pas égaré

La route est sûre
Elle mène sagement vers une histoire
Elle mène doucement vers un pays

La route s'abrège et s'ouvre

Le réfectoire donne sur le cloître
Des figures de pierre sourient
La salle capitulaire étonne

De grands arcs épousent le ciel limpide
L'escalier du dortoir s'incline contre le mur
Le vivier poissonneux tutoie la porte des oiseaux

La pierre nue étincelle
L'herbe a son printemps
Le soleil parle tout haut

Tout ici est superflu 
Tout est pauvre et nu

La voie droite
Enfin retrouvée

Silence
du chant
de l'âme



Abbaye de Villelongue (mars 2001) 

 

Poème gratte-ciel IV

           Tu déplies

Tu déplies la carte la carte

Et le plan s'étale sur la table

Tu entres par Lincoln Tunnel

Tu entres et tu pousses une porte

Pour un breakfast dans le déli d'une rue mal dépliée

Tu te réveilles

Et tu entr'ouvres les draps

Tu as chaud

Tu es dans la 49ème rue

Tu vas monter dans le métro

Tu as le plan sur les genoux

Tu déplies la carte

Les buildings basculent

Les rythmes des roues battent la pulsion du cœur 

Du Jazz

Tu vas rentrer à l'hôtel

T'allonger Regarder le printemps fleurir à la fenêtre

Les patineurs vont t'étourdir

Alors tu replies le plan

Et tu rentres

Tu rentres chez toi

Chez toi  à New York.

 

Pour John Giorno                                       

 

   Un coing


C'était en des temps bleus d'enfance
Je dis d'enfance et je vois un verger bruissant de hautes herbes
Je dis bleu et je vois si bien par places la petite fleur qui se rit des coquelicots et de Monet 

C'était en des temps d'enfance vert pâle
Je dis d'enfance et j'entr'ouvre une fenêtre sur le port du Croisic
Je dis vert pâle et la mer retire ses vagues à Noirmoutier pour me laisser pêcher des crevettes ou des crabes

C'était en des temps de bûchers défoncés
Je dis bûcher et l'odeur de sciure moisie me prend la gorge
Je dis défoncés et je saisis l'épée d'Ivanhoé devant la croix de pierre usée 
 cernée d'orties

C'était en des temps d'amours partagées
Je dis d'amour et surgissent des boucles blondes
Je dis partagées et j'entends les rires d'enfance rythmés par le fracas des couvercles de lessiveuses

C'était en des temps brûlants de moisson
Je dis brûlants et les tartes fumantes arrivent à table
Je dis moisson et les bottes de paille tombent à foison du vieux battoir trépidant qui moud le grain

C'était en des jours parfumés d'automne
Je dis parfumés et les coings se fendent sous le gel
Je dis d'automne et tombent une à une les feuilles roussies de mon poème dans le vent des années passées

 

 

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