| La
bouteille et le bouchon
D'abord, cela commence par une petite anecdote
très anodine:
C'était une bouteille. Son bouchon de liège
avait glissé à l'intérieur et la question était
de savoir comment l'en ressortir sans casser la
bouteille. J'eus soudain une intuition: il fallait
glisser à l'intérieur du flacon une ficelle pliée
en deux, tout en gardant les deux bouts en main.
Si l'on renversait la bouteille, le bouchon
tombait dans le goulot et il suffisait de tirer
sur la ficelle pour que la boucle que formait
celle-ci éjecte le bouchon.
Etrangement, j'eus tout de suite la certitude
que l'idée n'était pas née de mon imagination
mais qu'elle m'était dictée par une sorte de
savoir faire universel qui était clairement extérieur
à moi, même si je le percevais à l'intérieur
de moi.
Le savoir du cosmos
Il y a dans le cosmos un savoir auquel nous
avons accès et qui est la loi de la vie. Ce
savoir nous communique les intuitions et les
enseignements dont nous avons besoin. Pourtant
nous l'ignorons et continuons à vaquer à nos
occupations, le nez dans le guidon, en ne considérant
que les aspects très palpables de notre quotidien
et les acquis expérimentaux de notre savoir
faire. Certes, nous sommes riches de nos
aspirations mais nous avons trop souvent de la
peine à faire place à ce savoir infini, à cette
vision qui nous parle et nous enseigne le vrai
savoir vivre.
Nous baignons donc dans un univers qui contient
toute la sagesse qui nous est nécessaire. Et
pourtant nous vivons en ignorant cette richesse.
Nous sommes absorbés par notre quotidien qui se
fabrique à partir de tous nos gestes et de notre
manière de faire face aux obstacles qui
surgissent devant nous. Alors nous oublions cette
autre face de l'univers qui n'est pas aussi
visible. Et nous oublions de nous concentrer sur
la recherche de cette sagesse pourtant disponible.
Comment donc rester vigilant, alerte, ouvert à
cette perception? Tout en faisant le nécessaire
pour faire face à notre quotidien, sans le dévaluer,
comment pouvons-nous nous rattacher à cette
conscience qui nous enveloppe et apprendre
toujours plus sur le sens réel de la vie?
N'est-ce pas justement le sens de notre vie de
nous ouvrir à cette conscience et de nous laisser
enseigner la forme de notre comportement
quotidien?
Projet du dehors ou projet
du dedans
Il y a grossièrement deux manières de
s'orienter dans la vie:
- soit, à partir des circonstances offertes,
tenter de cueillir les occasions qui se présentent,
s'adapter au contexte, mettre bout à bout les
éléments qui s'offrent à nous et sont à
notre portée pour en construire notre projet
et suivre ainsi un chemin essentiellement
calqué sur les contraintes extérieures,
- soit, au contraire, à l'écoute de notre
voix intérieure, nous forger un projet, nous
choisir un mode de vie indépendamment des
circonstances extérieures, puis, dans un
second temps, chercher, en harmonie ou envers
et contre tout, à réaliser ce rêve et à répondre
à notre vocation en recherchant à créer des
circonstances favorables à la réalisation de
notre projet.
Dans chacune de ces deux attitudes, il y a un
projet; dans la première, il naît de la
conjonction des circonstances extérieures; dans
la seconde, il naît en notre for intérieur. Dans
les deux cas, ce projet n'est pas forcément
volontariste; il ne traduit pas forcément une
volonté (plutôt occidentale) de transformer le
monde mais il peut être aussi une aspiration
(plutôt orientale) à s'adapter ou à être en
harmonie avec le monde.
La différence fondamentale entre ces deux
modes de fonctionnement réside seulement dans le
lieu où naît le projet: soit à l'extérieur de
nous, il naît de notre rencontre avec le monde;
soit à l'intérieur de nous, il naît de notre
recherche intérieure. Naturellement le projet qui
naît au plus profond de nous peut être soit un
projet d'ambition personnelle ou soit au contraire
un projet à l'écoute de cette voix intérieure
qui exprime ce savoir du cosmos. C'est bien
entendu ce second projet qui nous intéresse ici.
Certes, nous vivons dans un monde concret et
nous sommes confrontés à la nécessité de vivre
le quotidien comme un ancrage dans la matière.
Cette réalité quotidienne nous donne un corps et
empêche notre vie de s'évader et de devenir
virtuelle. Notre vie est ainsi constamment vérifiée
par les circonstances: nous ne pouvons pas tricher
car nous sommes continuellement confrontés à la
preuve des fruits que nous portons. Mais au-delà
de ce quotidien qui teste la véracité de notre
expression, au-delà de notre ancrage matériel,
la vie reste une chance extraordinaire de développer
notre écoute. La vie nous enseigne; soit nous
cherchons à lui imposer notre loi, soit au
contraire nous cherchons plutôt à nous plier à
son rythme pour être à son école, à son écoute:
apprendre pour mieux comprendre et savoir un peu
mieux en quoi réside l'essentiel. La vie n'est
plus alors une activité mais elle devient
davantage une manière d'être, état d'esprit
ouvert et sensible, prêt à capter le murmure qui
nous dirige et nous enseigne le chemin à suivre.
La voix qui murmure en nous
Cela commence par un pincement au niveau du
plexus; cette intuition qui me guide me fait
soudain peur car elle prend comme possession de
moi et s'apprête à me mener sur un chemin non
balisé. Car cette vérité que je sens monter en
moi me dicte quelque chose qui n'est pas
conventionnel et qui m'écarte de ce qu'on m'a
enseigné comme étant le chemin du savoir faire
social et professionnel. Je crains que cette voix
ne me mène sur un chemin de divergence et me démarque
des autres. Dois-je dire ma différence ou au
contraire la taire pour mieux m'adapter? Si je la
dis, je me démarque. Si je la tais, je n'en fais
pas profiter l'autre et ce silence peut être
aussi une forme déguisée de mépris. Cette différence
d'ailleurs existe-t-elle vraiment ou seulement
dans ma tête, dans ma manière de ne pas me
sentir identique à l'autre?
Cette perception du monde qui prend forme en
moi est naturellement plus complexe et plus nuancée
que ce que je saurai formuler. Je crois penser
merveilleusement bien, mais lorsque je m'exprime,
voici que tout s'évapore, devient insaisissable
et seulement une infime part de ma vérité prend
forme. Cette infime part vaut-elle la peine d'être
dite ou dois-je la garder pour moi jusqu'à ce
qu'elle prenne une forme plus riche, plus complète
et plus mûre d'expression? Devant ce que je sens
être un discours trop simpliste, trop
rationaliste, trop technique, malgré les bonnes
intentions de mes interlocuteurs, dois-je dire ma
manière de percevoir les choses qui me semble
plus nuancée?
Dois-je essayer de rappeler que chacun a sa
perception et que cette diversité même des
perceptions forge plus la réalité que toute représentation
à laquelle chacun de nous réduit le monde? La
vue technique et gestionnaire du monde semble très
convaincante car elle est rationnelle. Mais elle
n'est qu'une construction du mental. Si j'affirme
que cette réalité n'existe peut-être pas autant
que nous le croyons mais que ce sont surtout nos
diverses manières de percevoir la vie et le monde
qui font, ensemble, cette vie et ce monde, mon
discours viendra troubler la quiétude; on me
considérera d'un œil méfiant, on me trouvera,
à raison, théoricien et pédant. Dois-je donc
affronter cette réaction de défense? Et, si oui,
pourquoi? Ou, au contraire, dois-je considérer
cette divergence de vue comme insignifiante et
dois-je m'adapter, en silence, au milieu ambiant?
Là encore, c'est peut-être à cette voix intérieure
de me répondre...
Divergence
C'est
bien la peur de la divergence qui me retient.
C'est la peur de ne plus correspondre aux attentes
de l'autre, la peur de sortir des cadres définis
par ces normes sociales et professionnelles qui définissent
ce qui doit être fait et les formes d'expression
usuelle. Cette peur est d'autant plus forte que
cette voix me dicte d'autres valeurs que celles
qui ont cours habituellement. Pourtant il est
clair que beaucoup de mes semblables ne sont pas
plus sûrs que moi de la validité de ces valeurs
dites officielles. De surcroît, l'enjeu ne se réduit
pas au simple choix de savoir lesquelles des
normes qui nous ont été inculquées sont les
plus importantes, mais c'est le choix permanent et
répété des priorités à accorder à ceci ou à
cela, au fur et à mesure des circonstances de la
vie. Et les "ceci" comme les
"cela" sont la plupart du temps des
objets relativement peu importants, voire
insignifiants. C'est qu'il est rare d'être
confronté, en un seul instant, à un choix global
fondamental. Pourtant tous ces petits choix
s'additionnent et n'en restent pas moins décisifs.
Cette petite voix en mon for intérieur, c'est
une intuition qui prend forme et dicte un
comportement différent. L'enjeu réel est ma
vocation personnelle et mon adaptation aux lois du
monde auquel j'apporte pourtant toute mon
attention: puis-je être moi-même, en complémentarité
de ce que sont les autres? Dois-je apporter ma
brique comme contribution ou celle-ci va-t-elle être
dépareillée et perturber l'unité du mur? Et si
j'exprime ma différence, est-ce par goût de me
mettre en avant? Est-ce pour me démarquer et pour
plaire ou est-ce vraiment pour contribuer à améliorer
le monde? A cette question, il n'y a bien entendu
pas de réponse toute faite, mais seulement des réponses
de cas en cas. Et l'essentiel consiste à rester
ancré en soi-même et à voir le monde avec sérénité,
c'est-à-dire aussi à dompter cette peur que je
ressens dans mon altérité.
La voix qui me parle m'appelle à vivre à
contre-courant. C'est pourquoi elle fait naître
ce sentiment de peur. Je perds aussi mes points de
repères fixes car cette voix intérieure met tout
en mouvement et rend le monde plus fluctuant à
mes yeux. Le résultat (le faire) reste-t-il
vraiment mesurable? Ou n'est-il que la partie
visible de ce que je peux considérer comme les
fruits de mon action. Et comment évaluer ces
fruits? Suis-je en mesure de le faire? A quelle
once puis-je mesurer les fruits prévisibles, et
encore plus les fruits effectifs de mon attitude?
Et cette once n'est-elle pas encore une fois,
parce qu'elle n'est pas universelle, une mesure
qui m'éloignera encore de la normalité.
Marginalité
Cette peur de la divergence se double
rapidement d'une peur de la marginalité. Ne
croyant plus être fondé sur les mêmes repères
que les autres, je doute aussi de mon insertion.
Je ne me mesure plus aux autres comme le veut
l'esprit de compétition sur la base duquel
fonctionne notre société. C'est comme si je
renonçais à courir, ayant renoncé à gagner, ou
ayant perdu tout attrait pour la victoire. Très
vite, j'ai l'impression de tricher ou du moins de
ne plus jouer le jeu, d'être hors compétition.
Et ceci par le simple fait que j'ai d'autres préoccupations
en tête que me dicte ma petite voix.
Dans cette position subjectivement marginale,
je crains soudain pour mon insertion. Car, en
fait, j'aime être comme les autres, et surtout être
apprécié, être aimé. Je me demande ainsi
comment je suis ressenti, comment je suis perçu,
comment, professionnellement par exemple, mes
qualifications sont mesurées. Suis-je compétent
aux yeux des autres? Car je sais très bien que je
ne consacre pas toute mon énergie à courir dans
cette compétition; c'est qu'en fait je cours deux
lièvres à la fois: je veux à la fois m'insérer
normalement et être apprécié sur le plan
professionnel et social, mais en plus je veux
garder ma liberté de ne pas courir quand je suis
essoufflé, car je veux garder mon énergie pour
mes besoins d'écouter et de percevoir mon chemin.
Je veux être normal, mais en même temps
conserver mon droit de développer ma propre différence
- ce qui en fait constitue ma marginalité - sans
que celle-là n'interfère avec ma normalité. Il
est bien évident que cette démarche est
terriblement gourmande dans la mesure où elle
veut tout obtenir sans ne rien perdre pour autant!
Et cette peur de la marginalité se renforce
aussi au fur et à mesure que je découvre combien
ma compétence et ma normalité sont justement
importantes aussi pour vivre selon ces vrais
valeurs que me dictent ma différence et ma
marginalité. Ainsi ma différence me
pousse-t-elle à être encore plus différent,
c'est-à-dire original à ma manière, mais pour
être en fin de compte encore plus intégré et
normal, afin d'être mieux accepté et de pouvoir
vraiment apporter ce que je crois être le plus précieux,
dans mon originalité. N'est-ce pas paradoxal? Et
donc impossible à vivre!
Solitude
Cette double peur de la divergence et de la
marginalité se triple très vite d'une peur de la
solitude. Comment suivre sa propre horloge intérieure
sans s'isoler, sans se couper des autres? Comment
rester indépendant mais rester solidaire?
On oublie trop souvent que la vie intérieure
est une réalité autant que la réalité physique
et que lui accorder sa pleine place est en fait
une nécessité impérative, une question de
survie quelles que soient les contraintes imposées
par le quotidien. A ne plus me régler sur les impératifs
du succès de la vie professionnelle, ou plus
modestement sur l'efficacité de l'activité économique
- sans doute est-ce là encore un heureux privilège
de pays nanti ! - et à vouloir rester en résonance
avec ma voix intérieure, j'ai tendance à me
retirer dans un monde plus intérieur et
contemplatif pour chercher le silence et rester
mieux à l'écoute. Comment cette part de vie
d'ermite peut-elle être vécue au milieu des
autres et rester en résonance avec ce qui se
passe autour de moi? Quelles en sont les attaches?
Car il ne s'agit pas de m'isoler pour mon confort
personnel mais il s'agit de trouver l'inspiration,
d'être à l'écoute de ce rythme du cosmos pour
être plus vrai, plus humain, plus juste, plus
aimant, pour trouver le salut pour soi comme pour
les autres, ce "soi" ne pouvant être
sauvé sans ces "autres".
Vide
Cette triple peur de la divergence, de la
marginalité et de la solitude se quadruple d'une
peur du vide. Les repères s'évanouissent. Finis
bien évidemment les objectifs caricaturaux de
richesse, de pouvoir, de succès personnel. Quels
doivent être nos nouveaux repères si nous
voulons nous vider de tout a priori, si nous
voulons faire table rase de nos exigences
individuelles qui sont plus souvent héritées
d'une éducation à des valeurs sociales qu'issues
d'une véritable lucidité.
L'attitude de recherche et d'écoute participe
inévitablement à décaper nos vies de tout leur
superflu au point que nous sommes de plus en plus
tentés de vivre dans le présent, dans l'être
immédiat, aux dépens du faire planifié. Car
cette voix intérieure nous oriente plus vers le
savoir être que vers le savoir faire.
Savoir être, oui, mais comment? Où donc,
devant cette absence de repères, devant ce vide
qui envahit nos vies, trouver les balisages qui
nous indiquent le chemin souhaitable? Commence
ainsi le temps des hésitations et du doute, où
devant chaque choix nous nous sentons incertain
car nous ne savons plus très bien selon quels repères
nous orienter. Plus qu'une absence d'esprit de décision,
l'hésitation est ici une forme d'ouverture et d'écoute,
car, en fin de compte, la décision ne dépend pas
de nous mais de notre intuition et de ce qui va
nous être dicté. Bien sûr la réponse ne vient
pas dans un éclair foudroyant et une grande mise
en scène; elle prend plutôt la forme très discrète
d'une certitude soudaine, lorsque nous osons nous
interroger nous-mêmes d'un ton vif, un peu comme
si nous étions un tiers, ou notre propre
conseiller. Et si nous n'arrivons pas à cerner
cette certitude, n'est-ce pas le signe que la réponse
n'est pas mûre, ou que nous ne savons pas encore
la reconnaître, souvent d'ailleurs parce que nous
cherchons beaucoup trop loin, alors que la réponse
est là, juste sous notre nez?
Cet espace vidé de ces repères, ce vide est
notre source et il doit prendre toute son
importance, ne surtout pas se laisser combler, et
surtout pas se laisser combler de fausses balises
de remplacement, mais devenir la fontaine à
laquelle nous nous abreuvons et qui, par l'eau
rafraîchissante qu'il nous offre, nous donne
aussi ces repères qui ne sont plus si rigides
mais deviennent, malgré tout, des certitudes par
le seul fait que nous apprenons à les reconnaître
comme une autre partie de nous-mêmes, trouvés en
dehors de nous (notre source) mais identifiés en
nous (notre inspiration).
Diffusion
Si ce vide est notre source de vie, c'est bien
en lui que nous devons nous alimenter et de lui
que nous devons tirer toute notre substance. Cette
démarche est un peu celle du désert où nous
nous plongeons dans une immensité sans fin pour
retrouver notre vraie densité. Cette vraie densité
du désert n'est pas due aux pressions extérieures
mais à la concentration intérieure.
En effet, dans la vie courante notre densité
est due trop souvent à diverses pressions extérieures
qui provoquent en nous une contre-pression
semblable par effet de réaction. Sous la
contrainte des exigences que l'environnement nous
pose tous les jours, nous répondons par un stress
qui vient meubler notre vie intérieure et nous
permet de résister à la pression extérieure. Et
cette réaction fait la densité de notre vie.
Mais
si nous sommes confrontés au vide, notre pression
intérieure ne trouve plus de résistance, et,
selon les lois élémentaires de la physique qui
veulent que chaque force trouve son contraire pour
que l'équilibre soit maintenu, nous sommes exposés
à un risque de dilatation infinie, à l'image
d'une baudruche placée dans un vide d'air, jusqu'à
l'explosion!
C'est que pour trouver sa vrai densité dans le
désert, il convient de rechercher un autre équilibre
qui n'est plus fondé sur l'équilibre des
pressions extérieures mais sur la force de
concentration intérieure (au sens mental comme au
sens chimique) autour de ce qui constitue notre véritable
centre. C'est peut-être toute la raison du séjour
au désert que de trouver ce point de
concentration en soi qui nous permet, comme un
crochet auquel nous pourrions nous suspendre,
de faire face au vide et de nous ouvrir à lui.
L'enjeu n'est plus à la périphérie, sur la
membrane qui nous sépare de l'univers et où se
joue tout un rapport de forces, de pressions et de
tensions, mais au contraire au cœur de nous-mêmes,
là où nous trouvons ce centre qui permet à
notre membrane périphérique de s'ouvrir au
dialogue et à l'écoute, puisqu'elle se voit libérée
de son rôle de devoir maintenir notre équilibre
dans notre relation a monde. Notre être peut
alors se diffuser dans l'espace à la rencontre de
sa source créatrice, dans une ouverture au vide
qui permet un véritable échange et une communion
parfaite. Dans le premier cas, la membrane doit s'épaissir
pour être en mesure de résister au jeu des
pressions et contre-pressions. Dans le second,
elle peut au contraire se rendre plus perméable
pour permettre un meilleur échange, plus fécond,
entre l'être, désormais non limité, et
l'univers tout entier auquel il appartient.
N'est-ce là que rêve éveillé ou est-ce
intuition concernant le chemin à suivre? Qui donc
en connaîtrait la réponse avant d'avoir fait le
parcours?
Certainement cette sorte de diffusion de notre
être dans ce vide qui le nourrit devrait, me
semble-t-il, en tout cas permettre à une nature
très différente d'éclore. N'est-ce pas dans
cette communion intime avec notre source que notre
être peut diffuser autour de lui ce qui le fait
vivre. Il entame alors la triple démarche - comme
me l'a soufflé un tiers! - qui découle
naturellement de cette sérénité retrouvée: la
célébration, l'enseignement et le règne de la
justice:
- la célébration: il exprime naturellement
sa profonde sérénité et la paix qu'il
trouve en cette source, il célèbre ces
nouvelles retrouvailles avec sa terre
d'origine;
- l'enseignement: il exprime ce qu'il découvre,
ce qu'il apprend, ce qu'il sait désormais
dans la mesure où le savoir contenu dans le
cosmos qui nous entoure devient réalité du
quotidien;
- et enfin le règne de la justice: il vit son
quotidien pour que cette découverte d'un
royaume accessible ici et maintenant devienne
la réalité quotidienne de tous, dans un
monde où règne plus de justice et plus de
beauté.
Ainsi périront sans doute nos peurs de
divergence, de marginalité, de solitude et de
confrontation au vide. Et s'ouvrira le chemin de
la libération.
Yves de Morsier
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